Limiter l’usage de l’intelligence artificielle à certains contextes et interroger les réponses qu’elle fournit permet de ne pas abandonner certaines de ses aptitudes cognitives en chemin, comme votre sens critique et votre mémorisation. Voici, pour éviter de régresser, quelques règles élémentaires que vous pouvez vous imposer.
Apprendre sans IA
La première recommandation est d’apprendre à limiter l’usage de l’IA, même par manque de temps. C’est surtout le cas en phase d’apprentissage d’une compétence-clé.
L’IA ne pouvant pas apprendre à votre place, à trop se reposer sur elle il y a un risque de ne pas la maîtriser instinctivement, de manquer de recul sur ses limites et, par la suite, de ne pas être capable de guider intelligemment l’IA dans la réalisation de certaines tâches.
Dans le même registre, évitez d’utiliser l’IA à chaque fois que vous faites face à une tâche intimidante. L’ancrage des compétences et des connaissances est souvent lié à l’effort fourni.
Refaire ses gammes
Quand vous avez acquis une compétence importante et qu’elle est maîtrisée, vous pouvez la confier à une IA plus fréquemment, mais pas tout le temps. Se reposer intellectuellement sur l’IA pourrait entraîner une dégradation des processus intellectuels complexes.
Modérer ses recherches
De même, lorsque vous menez une recherche Internet importante, mieux vaut éviter d’en confier l’intégralité à l’IA : vous peineriez à conserver son résultat en mémoire longtemps, à le restituer avec aisance, dans ses détails et sa complexité. Pour bien mémoriser, rien ne remplace une recherche complexe, faite d’erreurs et de réorientations, mêlant sources écrites, orales, visuelles et échanges avec des pairs.
Remettre en question
Les réponses des IA donnent souvent l’impression d’aller droit au but dans un raccourci éclairant, mais elles gagnent à ne pas être acceptées passivement : mieux vaut les traiter comme des hypothèses. Vous pouvez demander à l’IA de critiquer l’argumentation qu’elle produit, afin d’envisager le problème sous d’autres angles. Cela vous poussera à choisir l’une ou l’autre thèse et à rester actif face à la réponse, pour mieux l’intégrer. Pensez également à vérifier les affirmations de l’IA car elle se trompe régulièrement. Et faites preuve de curiosité en demandant à l’IA de vous expliquer les points qui vous paraissent obscurs.
Déjouer la flatterie
Enfin, il faut se méfier de la tendance de l’IA à vous flatter et à confirmer vos idées reçues, qui mériteraient plutôt d’être critiquées. Méfiez-vous de l’impression d’avoir un « partenaire » sympathique, souvent d’accord avec vous. N’hésitez pas à partager ses réponses avec votre entourage qui peut vous offrir un retour critique précieux.
En observant ces règles, vous pouvez espérer ne pas régresser et peut-être même progresser. L’IA peut être utilisée comme un proche avec lequel on échange quand on est « en panne » pour résoudre une problématique. Mais il faut éviter de l’utiliser comme un substitut à la réflexion et plutôt en faire un partenaire.
Source Le Monde mars 2026


